Croyances et Religions.
Ancien Testament. Jérémie, le Prophète qui pleure. Par Ben ZAHOUI-DÉGBOU, Masterant en Théologie.
Source : -- (Agence GLOUZILET) Date : 24-03-2026 -- N°: 202 -- Lu : 443 fois -- envoyer à un ami
Les Prophètes ont joué un rôle très important dans l’Ancien Testament de la Bible. Dans ce sens, ils transmettaient les messages de Dieu aux croyants et tout en les guidait dans leur foi. Aujourd'hui, le Ministère prophétique reste encore un aspect important dans la vie de nombreuses communautés chrétiennes à travers le Monde. Dans la présente dissertation, il est question de faire une étude sur le Prophète Jérémie, l’un des plus célèbres de la Bible. La logique nous commande donc de définir le mot Prophète. Eh bien, selon la Revue « l’Église Catholique en France », un Prophète (composé du grec pro (à l'avance) et du verbe phesein (dire) est une Personne qui parle au nom de Dieu, le Père Tout-Puissant.
Gravure sur bois, publiée en 1886. Prophétie de Jérémie contre Pashehour (Jérémie 20. 6).

Toi, Pashhur, et toute ta maison, vous irez en exil à Babylone. Vous y mourrez et vous y serez enterrés. Il en sera de même pour tous tes amis à qui tu as prophétisé des mensonges.
L’Ancien Testament, nous montre que cette Personne est choisie par lui, pour guider le Peuple d’Israël : « Car le Seigneur, l’Éternel, ne fait rien sans avoir révélé son secret à ses serviteurs les Prophètes » (Amos 3 : 7). Dans la Nouvelle Alliance, le Prophète est aussi un témoin spécial et Porte-parole de Jésus-Christ. Il témoigne donc de sa divinité et enseigne son Évangile. Étymologiquement d’après le Dictionnaire le Littré, on peut dire aussi que le sens du mot Prophète s’est élargi : ce n'est plus seulement une personne qui parle de l'avenir, mais celle qui parle au nom de Dieu, donne des messages de sagesse, dénonce le mal, et dicte des conduites à tenir.
De nos jours, comme s’était le cas il y a plusieurs siècle en arrière, le Prophète est une Personne très importante dans la régulation de la vie en société, bien qu’elle soit très souvent, l’objet d’invectives et de traques de la part des tenants du pouvoir politique. Il en existe naturellement de vrais et de faux. Dans l’Ancien Testament, il y a deux grands critères pour reconnaître les vrais Prophètes et les faux Prophètes. Ceux-ci sont clairement indiqués dans Deutéronome. Le premier critère est qu’un vrai Prophète doit être en harmonie et en accord avec ce qui a déjà été révélé antérieurement par Dieu. C’est à dire, avec ce qu’ont dit les autres Prophètes ?
Il faut dire que Dieu peut nous surprendre mais il ne se contredit jamais (cf. Deut 13 : 2-3). Le deuxième critère veut qu’une chose prédite s’accomplisse ; Si une prédiction ne s’accomplit pas, c’est qu’elle n’a pas été faite par un vrai Prophète, là encore, Dieu, qui est le maître de la situation, ne dit pas des choses par hasard. Si c’est lui qui a annoncé un fait, alors cela se produit toujours (cf. Deut 18 : 21-22). En un mot, sous la loi de Moïse, un Prophète, était considéré comme faux si une seule de ses prophéties ne s’accomplissait pas. La sanction était la mort selon cette Loi : « Mais le prophète qui aura l'audace de dire en mon nom, une parole que je ne lui aurai point commandé de dire, ou qui parlera au nom d'autres dieux, ce Prophète-là, sera puni de mort » (cf. Deut 18 : 20). Jérémie est connu pour avoir mener une lutte âpre contre les faux Prophètes pendant son ministère qui a duré cinquante ans (cf. Jérémie 27-29).
Par contre « Le vrai prophète a des paroles qui, venant de l’Éternel, sont conformes à la Parole de Dieu, et ne la contredisent pas » (Ésaïe 8 : 20). Pour bien mener notre étude sur le Prophète Jérémie nous allons suivre la démarche suivante : après l’introduction nous allons faire le point sur la situation géopolitique dans le Proche-Orient ancien, ensuite parler de la vie de Jérémie et de ses sentiments ; Ses contemporains, Rois et Prophètes et les relations qu’il avait avec eux ; Le contenu des prophéties de Jérémie et enfin son Livre ses Lamentations.
2. Chapitre -1 : Contexte géopolitique au Proche-Orient ancien.
Le Royaume de Juda où le Prophète Jérémie a exercé son Ministère prophétique, à ne pas confondre avec Judas Iscariote, disciple de Jésus de Nazareth qui l’a trahi, est l’un des deux Royaumes nés du Royaume d’Israël, après la mort du Roi Salomon, vers le milieu du 10 avant notre ère, (1 Rois 12). À cette époque, Israël était un Royaume du Proche-Orient ancien. Pour information, c’est le nom donné à une région correspondant aujourd’hui au Moyen-Orient moderne : la Mésopotamie (Irak et Syrie), la Perse (Iran), l'Anatolie (Turquie), le Levant (Syrie, Liban, Israël, Palestine, Jordanie et Chypre) et l'Égypte ancienne.
Le Royaume d’Israël a existé pendant environ 200 ans, de la fin du 10 au 8 siècle av. J-C. Formé de dix, des douze Tribus d'Israël, les historiens et Théologiens l’appellent aussi le Royaume de Samarie ou Royaume du Nord pour le différencier du Royaume de Juda, au Sud, qui nous intéresse ici, composé de deux autres Tribus d’Israël, celles de Benjamin et de Juda. Il faut préciser que la Tribu de Juda dont le Royaume du Sud porte le nom, descend de Juda, le fils de Jacob, fils d’Isaac, fils d'Abraham et de Sara. Selon la tradition biblique, c'est de la Tribu de Juda que sont issus les Rois de Juda, de la Lignée de David et est issue aussi la parenté charnelle de Jésus-Christ, de Nazareth.
La Bible décrit les relations entre ces deux Royaumes, à savoir le Royaume d’Israël et celui de Juda, comme très conflictuelles, tout comme celles qu’ils entretiennent avec les Nations voisines notamment Araméennes. Mais à partir du IX siècle avant Jésus Christ, pour Israël, Juda et leurs voisins, la grande menace est celle de l’Empire Néo-Assyrien et Babylonien. Celui-ci est un Empire mésopotamien situé entre deux fleuves, le Tigre et l'Euphrate (en Irak actuel) qui existe entre 934 et 609 av. J-C. Il faut le souligner, l’Empire Néo-Assyrien et le Royaume de Babylone sont les plus grandes puissances du monde à cette époque. Parents royaux par mariages et voisins directs géographiques, les relations entre les Rois d'Assyrie et de Babylone étaient traditionnellement très étroites (cf. Wikipédia).
Ils avaient mis en place une machine de guerre sans rivale dans le Proche-Orient ancien, pendant trois siècles. Les Rois d'Assyrie et de Babylone ont aussi perfectionné les techniques innovantes de Gouvernement. Les récits bibliques nous enseignent que le Royaume d’Israël était pris entre ces deux puissants voisins, l’Égypte et l’Assyrie et Babylone. Les habitants de Jérusalem, capitale du Royaume de Juda, pensaient que le Temple de Dieu, construit dans leur ville, les protégeaient. Le Prophète Jérémie (627 et 587 av. J-C.), l’un des quatre Grands Prophètes de la Bible, (Isaïe, Ézéchiel et Daniel) leur rappela l’urgence de revenir à Dieu et à son alliance avec Abraham et le Peuple élu (cf. Exode 2.24). Jérémie était le contemporain des Prophètes Ézéchiel et Daniel, des Rois de Juda : Josias, Jéhoïakim, Jojakin et Sédécias. Il prophétisa aussi que Babylone allait conquérir et détruire Jérusalem au cours d’une terrible guerre (Jérémie 21-38). Les survivants de celle-ci, allaient être emmenés à Babylone et y restés en captivité pendant soixante-dix ans et « Dans les derniers jours, le Messie reviendra, règnera et rassemblera son peuple » (Jérémie 39-44).
3. Chapitre - 2 : La vie du Prophète Jérémie (650-env. 587 av. J.-C.)
Le Prophète Jérémie marque de façon indélébile une époque de l’histoire de la Prophétie biblique. En effet, Esaïe et les Prophètes de sa génération, notamment Ézéchiel, étaient totalement absorbés par leur message et ne laissaient transparaitre aucun sentiment personnel. Il faut souligner que chez le Prophète Jérémie, contrairement aux autres Grands Prophètes [1] de l’Ancien Testament, l’élément d’émotion humaine dominait constamment l’élément prophétique tout au long de son Livre. Son coté émotif ne ressortait pas uniquement à cause de ses problèmes personnels, mais à cause des péchés du Peuple de d’Israël et des messages sévères qu’il recevait de Dieu.
2-1 : Qui est Jérémie.
Jérémie qui veut dire, « Yahvé, le Dieu d'Israël élève », est le fils d'Hilkija, Prêtre à Anathoth (Jr 1.1), dans le territoire de Benjamin dont la frontière est décrite dans le Livre de Josué. Justement, sa frontière avec le Jourdain part de l'extrémité sud de ce fleuve sur la Mer de Sel (Mer Morte) et le longe jusqu'à la hauteur de la ville de Jéricho. C’est sur ce territoire qu’on trouvait la Tribu de Benjamin [2] , l’une des douze Tribus d'Israël. Il faut noté que son nom vient de Benjamin. De l'hébreu Binyamin : « fils de la main droite », soit du côté de la chance ou encore « fils des vieux jours ». Benjamin est le dernier fils de Jacob et de Rachel dans la Bible. C'est notamment de la Tribu de Benjamin qu'est issu Saül, premier Roi d'Israël, auquel succèdera le Roi David (cf.1 Samuel 9.1).
Le Prophète Jérémie est né vers 650 av. J-C. à Anathoth, dans le territoire de Benjamin, à cinq kilomètres au nord-est de Jérusalem la capitale du Royaume de Juda : « Jérémie vivait à Jérusalem quand il était jeune. Un jour, le Seigneur vint à lui et l'appela à être Prophète. Il lui dit qu'il avait été choisi pour être Prophète avant même sa naissance. Il savait que la vie de Jérémie serait difficile, mais il lui promit qu'il serait toujours avec lui » (Jr 1.1–10). Il est donc très jeune lorsque Dieu le choisit en 526 av. J-C, comme son Porte-parole pour transmettre ses messages à son Peuple, malgré son manque d'expérience et sa jeunesse (cf. Jr 1.6).
Il faut préciser que Jérémie n'avait que dix-sept ans lorsque Dieu l'a choisi comme Prophète. Dans ce sens, il était souvent très triste et tourmenté par le sort que Dieu réservait à son Peuple qui ne l’écoutait pas. Ses contemporains l’avaient d’ailleurs surnommé le « Prophète qui pleure ». Sa tristesse n'était pas seulement émotionnelle mais ses larmes exprimaient une profonde et sincère posture face aux péchés des populations de Juda et à ses conséquences irréversibles sur l’avenir du Royaume. « Dis-leur cette parole : Les larmes coulent de mes yeux nuit et jour, Et elles ne s'arrêtent pas ; Car la vierge, fille de mon peuple, a été frappée d'un grand coup, D'une plaie très douloureuse » (Jr 14.17). Il faut dire aussi qu’il ne s’était jamais découragé car ses lamentations et douleurs, dans le fond, avaient pour fondation essentielle, une foi totale en Dieu.
Selon lui, l’Éternel des Armées finirait un jour par tout remettre en ordre à Jérusalem et dans tout le Royaume de Juda [3] . Mais en attendant Jérémie était seul et rejeté. Il n’avait donc aucun réconfort humain car Dieu lui avait ordonné de ne pas se marier : «Tu ne prendras point de femme, Et tu n'auras dans ce lieu ni fils ni filles ». (Jr 16.2). Il allait traverser des temps difficiles et ce n'était pas le moment d'avoir des enfants. Ce commandement visait naturellement à avertir le Peuple des temps difficiles qui l'attendaient, en plus du fardeau qu’il portait par la connaissance du Jugement, à venir, de Dieu. Il a dû aussi se sentir très isolé de sa famille et de ses amis. Dieu savait que c'était ce qui valait le mieux pour Jérémie, car il a ensuite expliqué à quel point la situation serait horrible sous peu, les bébés, les enfants et les adultes mourant d’une mort « douloureuse », leur corps n'étant même pas enterré et leur chair étant dévorée par les oiseaux cf. Jr 16.3-4).
2-2 : Jérémie, le Prophète mal aimé de Juda.
Tous les oracles de Jérémie faisaient peur de façon générale au peuple d’Israël et particulièrement à celles des Tribus de Juda et de Benjamin qui s'étaient malheureusement endurcis. Il ne croyaient plus en Dieu, encore moins à Jérémie à cause de leurs nombreux péchés. Le « Prophète qui pleure » dont le Ministère sacerdotal a duré quarante ans, n’a pas vu le moindre progrès, ni changement des sentiments que ses compatriotes avaient pour lui. Les cœurs du Peuple entêté de Juda s’étaient empêtrés dans une idolâtrie sans nom. « Le péché de Juda est écrit avec un burin de fer, Avec une pointe de diamant ; Il est gravé sur la table de leur cœur, Et sur les cornes de vos autels » (Jr 17.1). Selon Matthieu Henry [4] , cette parole signifie ou que le péché est enraciné dans le cœur des hommes de Juda et qu'il ne peut plus en être extirpé ; ou plutôt : que les preuves du péché de ce peuple sont tellement patentes, qu'il ne saurait être nié par personne. La première preuve est intérieure ; c'est l'état des cœurs, le penchant invétéré à l'idolâtrie. La seconde est extérieure ; ce sont les autels souillés par le sang des victimes offertes aux idoles (cf. TopChrétien, commentaires (Jr 17.1).).
De toutes les façons, dans cette situation des cœurs endurcis du Peuple de Juda, le Prophète Jérémie se trouvait comme s'il parlait à un mur. Mais ses prophéties n’étaient pas vaines car elles venaient de Dieu. A un moment donné de son Ministère, le Prophète Jérémie était affectivement usé et commençait à douter des messages qu’il recevait de Dieu (Jr 15.18). Dans ses confessions Jérémie dit à Dieu : « Seigneur, tu m’as séduit, et j’ai été séduit ; tu m’as saisi, et tu as réussi. À longueur de journée, je suis exposé à la raillerie, tout le monde se moque de moi. Chaque fois que j’ai à dire la parole, je dois crier, je dois proclamer : Violence et dévastation ! À longueur de journée, la parole du Seigneur attire sur moi l’insulte et la moquerie. Je me disais : Je ne penserai plus à lui, je ne parlerai plus en son nom. Mais elle était comme un feu brûlant dans mon cœur, elle était enfermée dans mes os. Je m’épuisais à la maîtriser, sans y réussir » (Jr 20. 7-9).
En lisant cette confession, on se rend très vite compte que Dieu a choisi Jérémie qui a un esprit naturellement faible. Il est très émotif et se décourage facilement, face à la méchanceté invétérée du Peuple de Juda. Cette indignation du caractère faible du Prophète Jérémie qui a toujours senti la pression de ses compatriotes sans pouvoir s’en libérer ni la vaincre, ne l’a pas empêché d’exercer son Ministère sacerdotal. Mais on voit que les habitants de Juda le haïssent, et rejettent systématiquement son message. Il ne recueille malheureusement d’eux que des injures et des moqueries, de la calomnie, des coups et blessures, mêmes des menaces de mort et d’emprisonnements. Il est mis au pilori, accusé de trahison et jeté au fond d’une citerne (Jérémie 11.18-21 ; 12.6). Malgré tout, il faut noté que le « Prophète qui pleure », brisé émotionnellement, tient bon jusqu’au bout et remplit convenablement la mission que lui a confié Dieu : « Je fais de toi comme une ville fortifiée, comme un pilier de fer et un rempart de bronze, face à tout le pays : face aux rois de Juda, à ses ministres, à ses prêtres et à son peuple » (Jérémie 1.18).
Le natif d’Anathoth n’avait pas le charisme, l’éloquence rhétorique et la puissance de caractère du Prophète Ésaïe que nous avons déjà étudié. Jérémie était timide et continuellement apeuré et conscient de ses faiblesses. Il n’a jamais eu l’Amour et la sympathie du Peuple de Juda. Jérémie a tout de même joué son rôle de Prophète. Et justement sous le régime de l’Ancienne Alliance, aucun Prophète n’a été obligé de donner un message plus terrible que Jérémie et au risque de nous répéter, il la fait fidèlement, mais avec pleins de larmes aux yeux. En résumé, il faut tout simplement dire que Jérémie était un exemple de Prophète vertueux. Avec la prophétie sur de la destruction de Jérusalem et de la captivité de ses habitants, le message du « Prophète qui pleure » n'était pas un message de condamnation, mais une grande source d'espoir.
4. Chapitre 3 : Les contemporains du Prophète Jérémie.
Contemporain des Prophètes Sophonie, Habaquq, Ézéchiel et Daniel, Jérémie a exercé son Ministère pendant plus de 40 ans (627-586 av J.-C.) sous les règnes des cinq derniers Rois de Juda. On le sait, il fut condamné, comme ses contemporains à assister impuissant à l'agonie et à la chute d'une Nation gangrénée par la corruption et l’idolâtrie.
3-1 : Les Prophètes contemporains de Jérémie.
Ézéchiel, Daniel, Jérémie, Sophonie et Habaquq étaient tous contemporains c’est à dire qu’ils ont exercer leur Ministère à la même époque. Lorsque les Hébreux ont été emmenés en captivité à Babylone après la destruction de Jérusalem [5] , Jérémie fut contraint de rejoindre le reste de sa communauté qui s'était enfui en Égypte (Jr 42. 14-15), et son Ministère fut donc limité à ce groupe au cours de son exil. Quant à Daniel, le fils spirituel de Jérémie adolescent, il fut déporté à Babylone avec ses compagnons Ananias, Azarias et Misaël [6] . Par leur sagesse, ils gagnèrent la confiance du Roi de Babylone Nabuchodonosor II. Daniel devint par la suite fonctionnaire et interprète des songes de ce Roi.
Il accéda même au rang de « Premier Ministre ». Quant à Ézéchiel, il fut également déporté comme Ézéchiel à Babylone après la première attaque contre Jérusalem en 597 av. J-C et là, Dieu lui confia la mission d’annoncer une plus grande destruction de Jérusalem. Jérémie avait d’ailleurs déjà prophétisé sur cette catastrophe (cf. Ézéchiel 3).
Les Prophètes Habakuk et Sophonie [7] exerçaient leurs Ministère à Juda du temps de Jérémie. Daniel et Ezéchiel firent de même, en Babylonie comme nous l’avons mentionné plus haut. A travers eux, Dieu, dans sa grâce, parlait encore à son Peuple malgré l'accumulation de ses fautes et son endurcissement ; mais « ils n'ont pas écouté » (cf. Jr 13.11).
3-2 : Les Rois de Juda contemporains de Jérémie.
Rappelons que le Prophète Jérémie exerça son Ministère sacerdotal dans le Royaume de Juda notamment à Jérusalem. La Parole de l'Eternel vint à lui quand il n’avait que tout juste 17 ans sous les règnes des Rois Josias (640 à 609 av. J-C), de Jéhoïakim, (608 à 597 av. J-C) et enfin de Sédécias (597 à 587 av. J-C). Il fut le 20 et dernier Roi de Juda jusqu'à ce que Jérusalem fut emmenée en captivité à Babylone (cf. Jr. 1 : 2-3).
3-2-1 : Le Roi Josias (640 à 609 av. J-C).
Arrivé au pouvoir à huit ans, le Roi Josias a régné pendant trente et un ans (2 Chronique 34.1). Il faut signaler que Jérémie a commencé à prophétiser à partir de la treizième année de son règne. Pendant dix-huit ans donc, sous Josias, le Prophète Jérémie connut une période relativement calme pour exercer son Ministère prophétique.
Cette période de paix a également permis au dernier Roi de Juda d’entreprendre de nombreuses importantes réformes politico-religieuses qui permirent un début d’écriture de la future Bible. Selon Christian Bernard, Directeur de l'Institut Géopolitique et Culturel Jacques Cartier, Josias laissa une clef de lecture des événements, non seulement passé mais aussi à venir : « si le Peuple n’est pas fidèle au pacte avec Yahweh, il sera puni sévèrement. Le message sera médité lors de l’Exil en Babylonie, et les Prophètes d’alors comme Jérémie sauront en tirer toutes les leçons pour évoluer vers le monothéisme ». Jérémie « le Prophète qui pleure » encouragea fortement la réforme de Josias et participa activement à l’enrayement des progrès de l'idolâtrie, avant d'être lapidé par ses compatriotes d'exil (4 Baruch 9,31) [8] .
Le 16 Roi de Juda eut un règne tranquille en harmonie avec les recommandations du Prophète Jérémie. Il mourut en 609 av. J-C. Sa mort fut une catastrophe nationale dans le Royaume. Gravement blessé sur le champ de bataille de Meguiddo, il fut ramené à Jérusalem où il mourut. Tout Juda et Jérusalem notamment Jérémie, le pleurèrent abondamment, et le deuil décrété laissa des traces profondes dans le peuple (cf. 2 Chroniques 35.24). On imagine facilement les sentiments qui animèrent Jérémie lorsqu'il apprit la tragique nouvelle.
Il composa justement une complainte « Jérémie fit une complainte sur Josias ; tous les chanteurs et toutes les chanteuses ont parlé de Josias dans leurs complaintes jusqu'à ce jour, et en ont établi la coutume en Israël. Ces chants sont écrits dans les Complaintes » (2 Chroniques 35.25). Après la mort de Josias, fils d’Amon, Jérémie comprit à ce moment-là, la réponse de Dieu à ses interrogations sur l’avenir du Royaume de Juda avec le règne du nouveau Roi. Il se prépara alors à « lutter avec les chevaux » (cf. Jérémie 12.5). Dieu voulait montrer à travers cet avertissement que de plus grandes épreuves de foi l'attendaient encore Jérémie avec l’avènement du Roi de Jéhoïakim.
3-2-2 : Le Roi Jéhoïakim (608 à 597).
Après la mort de Josias, un Roi profondément pieux qui avait restauré le monothéisme, le Prophète Jérémie devait affirmer son autorité auprès de son successeur dont l’extravagance était de notoriété publique. En effet, le natif du village d'Anathoth, avait justement réprimandé le Roi Jéhoïakim, fils de Josias, pour son arrogance et le mépris qu’il avait pour le Peuple : « Malheur à celui qui bâtit sa maison par l'injustice, Et ses chambres par l'iniquité ; Qui fait travailler son prochain sans le payer, Sans lui donner son salaire » (Jr 22.13).
Devant l’injustice rampante dans le Royaume de Juda et l'incapacité de Jéhoïakim à gouverner avec sagesse au nom de Dieu, la vie de Jérémie était devenue nettement plus risquée. Bien des années plus tard, après dix-neuf ans de Ministère, Jérémie fut appelé, au commencement du règne de Jéhoïakim (Jr 26. 1-2), à se tenir sur le parvis de la maison de l’Éternel, et dire à toutes les villes de Juda, qui venaient pour se prosterner dans la maison de l’Éternel, toutes les paroles qu’il lui avait commandé de leur dire et de n’en retrancher pas une parole. Il manqua de mourir puisque ses auditeurs s'écrièrent dans l'indignation : « Tu mourras » Choqués, tenant des propos haineux contre le Prophète Jérémie qui, comme toujours, ne craignait pas de leur dire la vérité.
Ils l'accusèrent devant les Chefs de Juda qui s’étaient déplacés pour régler son cas (cf. Jr 26. 2-11). Le jour de sa mort n'était pas encore arrivé et le retournement du peuple le prouve. Alors les princes et tout le Peuple dirent aux Prêtres et aux Prophètes qui étaient présents : « Cet homme ne mérite pas la mort, car c'est au nom du Seigneur notre Dieu qu'il nous a parlé » (Jr. 26.16). Le fait est d'autant plus remarquable que Jéhoïakim, dans son despotisme, avait déjà fait mourir un autre homme de Dieu en la personne de Ourias qui prophétisait les mêmes oracles que Jérémie sur la destruction de Jérusalem et de Juda. (cf. Jr 26.21-23).
En effet, les choses se sont passées exactement comme l’Éternel l’avait prédit par l’intermédiaire de Jérémie. Au cours du règne de Jéhoïakim, le Royaume de Juda devint vassal de la puissante Babylone [9] . Trois ans après, Jéhoïakim se rebella. Grave acte d'insubordination que ne saurait tolérer le nouvel empereur qui faisait trembler le monde, et que Jérémie désigne comme « le marteau qui brise les nations » (Jr 51.20). Après sept ans de sursis, Nébucadnetsar fera lier Jéhoïakim avec des chaînes de fer pour l'emprisonner à Babylone d'où il ne reviendra pas. Le peuple de Juda prit son fils Jojakin, âgé de dix-huit ans pour le remplacer sur le trône et son règne ne dura que trois mois (2 Rois 24.8).
3-2-3 : Le Roi Sédécias (597 à 587 av. J-C).
Le Ministère prophétique de Jérémie est lié à la vie du Roi Sédécias (597-587 av. J-C.). En effet, son nom mérite d’être retenu parce que ce Monarque était non seulement le dernier du Royaume de Juda (1Ch 3.15), le 20, mais il avait aussi connu un destin des plus tragiques pour n’avoir pas écouter Jérémie et bien d’autres Prophètes. Sédécias, était le fils de Josias, et le neveu de Joiakîn (trois mois de règne), tous les deux anciens Roi de Juda avant lui. C’est Nabuchodonosor II de Babylone, une Grande puissance régionale voisine de l’époque qui déposa Joïakîn, son oncle, et le plaça sur le trône de Juda. Changeant même son nom de Mattanya en Sédécias, dans le but de marquer sans réserve sa soumission à l’autorité de Nabuchodonosor II, celui qui l’avait fait Roi. Mais Sédécias, pensait pouvoir ruser avec le Grand monarque babylonien, son bienfaiteur, à la fin il se révolta (cf. 2 Rois 24.19-20).
Sédécias se trompait royalement car une atmosphère politique tendue règne dans le Proche-Orient ancien où les enjeux géopolitiques opposaient l’Égypte et l’Assyrie avec son allié de Babylone. Cette atmosphère était naturellement et visiblement austère au Royaume de Juda. Là encore Jérémie transmis au Roi Sédécias le message qu’il avait reçu de l’Éternel. Par sa Bouche, Dieu demandait au Monarque de Jérusalem, de tout simplement abdiquer devant Nabuchodonosor II (cf. Jr 21.1-10). Le fils de Josias refusa de capituler et les conséquences furent terribles. Il faut bien rappeler que les Babyloniens « passaient » régulièrement à Jérusalem : déjà en 605 av. J-C pour piller le trésor du Temple et imposer un tribut au Roi Jehoïakim, en 597 où ils avaient fait un siège de la ville en bonne et due forme et déporté l’élite de la Nation de Juda à Babylone.
5 : Chapitre 4 : Les Prophéties de Jérémie.
Pendant quarante ans, Jérémie révéla à son Peuple le message qu’il avait reçu de l’Éternel. Dans ce sens, il annonça le désastre imminent sur la destruction de Jérusalem. Rappelons que le Prophète Jérémie exerça son Ministère sacerdotal dans un Proche-Orient ancien qui vivait une période confuse et trouble. Celle-ci entraina la chute du grand Empire de l'Assyrie et de l'ascension de celui de Babylone. Dans ce tableau noir, conséquence des luttes géopolitiques entre ces deux puissances régionales, le Royaume de Juda connut successivement cinq Rois, dont quatre en conflit direct avec Jérémie, eurent une gouvernance lamentable. On peut les citer : il s’agit de Johachaz (609 av. J-C), Jéhoïakim (609-598 av. J-C), Jéhoïkin (598-597 av. J-C) et de Sédécias (598-586 av. J-C). Malgré les réformes politico-religieuses qu’avait faites Josias avec le Livre de la Loi découvert dans le Temple de Salomon, le Peuple de Juda et ses Rois restèrent sourds aux Prophéties de Jérémie.
L’Éternel envoya au fils du Prêtre Hilkija, un message d’espoir sur l'avenir du Peuple et la Nation de Juda qui avaient connu de nombreuses catastrophes à cause de la guerre contre les Babyloniens. Comme ses contemporains Ézéchiel et Daniel et d’autres Prophètes de son époque, notamment Ésaïe, Osée, Amos, Michée et Zacharie, Jérémie reçut la vision que le peuple d'Israël dispersé serait un jour rassemblé, que Juda retournerait sur ses terres ancestrales et qu'Israël tout entier deviendrait grand (cf. Jérémie 50.4-5 ; Ésaïe 54.7 ; Esaïe 11.12 ; Ézéchiel 11.17). Ces révélations prophétiques de Jérémie furent rassemblées dans un Livre dont l’importance dans la Bible n’est plus à démontrer.
6 : Chapitre 5 : Le Livre Jérémie et de ses Lamentations.
Le Livre de Jérémie le plus long de la Bible est un Livre de l'Ancien Testament, écrit comme son nom l’indique par le Prophète Jérémie entre le VII et le II siècle av. J-C. Il compte 52 chapitres. Selon le Dr Matthew H. Patton, Pasteur de la Covenant Presbyterian Church à Vandalia aux Etats-Unis, ce Livre « oscille entre images poétiques et récits, souvent sans avertissement, et ne suit pas d’ordre chronologique. La majeure partie de son contenu porte sur des jugements sombres et des péchés terribles, avec peu de lueurs d’espoir ». La rédaction du Livre de Jérémie a commencé avant la destruction de Jérusalem par les Babyloniens avec le siège de la capitale du Royaume de Juda qui a lieu en 587 et 586 av. J-C. Ce siège s’acheva par la destruction totale de la ville, celle du temple de Salomon et par la troisième déportation d’une importante partie de la population de Juda à Babylone. Il met ainsi un terme définitif au conflit de dix ans qui a opposé ces deux royaumes à savoir le Royaume de Juda et celui de Babylone.
Le livre de Jérémie était déjà répandu et lu par une grande partie des déportés Juifs à Babylone : « La quatrième année de Jojakim (ou Jéhoïakim), fils de Josias, roi de Juda, cette parole fut adressée à Jérémie de la part de l'Éternel, en ces mots : Prends un livre, et tu y écriras toutes les paroles que je t'ai dites sur Israël et sur Juda, et sur toutes les nations, depuis le jour où je t'ai parlé, au temps de Josias, jusqu'à ce jour » (Jr 36.1-2). En effet, la quatrième année de Jéhoïakim (609-598 av. J-C), Roi de Juda correspond à 605- 604 av. J-C. C’est-à-dire au moment où la bataille de Karkemish [10] met fin à la domination égyptienne au profit de celle Babylone. Selon le récit biblique, lorsqu’il prit connaissance du contenu du Livre, le Roi Joachim déchira le rouleau et le jeta au feu par conséquent le Prophète Jérémie a dû alors le récrire (cf. Jr 36).
5-1 : Les thèmes du Livre de Jérémie.
A la lecture du Livre de Jérémie qui est lié la fait corps avec le Royaume de Juda, deux Thèmes fondamentaux sautent tout de suite à l’œil : il s’agit du Jugement et ensuite de la Restauration et tout se trouve dans Jr. 1-10 : « Regarde, je t'établis aujourd'hui sur les nations et sur les royaumes, pour que tu arraches et que tu abattes, pour que tu ruines et que tu détruises, pour que tu bâtisses et que tu plantes ». Les quatre premiers verbes concernent le Jugement (arracher, abattre, ruiner et détruire). Les deux derniers concernent la Restauration (bâtir et planter). Les textes du Jugement font principalement référence à la chute de Jérusalem tombée aux mains des Babyloniens en 586 av. J-C. Il faut noter que cet événement historique était la conséquence directe des nombreux et terribles péché de Juda.
Pendant les quarante ans du Ministère du Prophète Jérémie, la chute de Juda et de sa capitale devint un événement irréversible. Aucune Repentance, ni aucune Prière ne pouvaient l’empêcher. C’est pourquoi l’Éternel interdit à Jérémie de prier pour le Peuple : « Toi, n'intercède pas en faveur de ce peuple, n'élève pour eux ni supplication, ni prière, n'insiste pas auprès de moi : je ne t'écouterai pas ! Ne vois-tu pas ce qu'ils font dans les villes de Juda et dans les rues de Jérusalem » (Jr. 7.16-17). Ainsi, la seule façon pour Juda de continuer à exister était d’accepter le Jugement, y compris l’exil en dehors de la terre promise (cf. Jr 21. 8-10).
Le premier Thème du message de Jérémie consiste donc principalement à annoncer le Jugement. Il faut rappeler que ce message a suscité contre lui l’opposition farouche de ses proches, des Rois et du Peuple de Juda. En tant que Porte-parole de l’Éternel, « le Prophète qui pleure » devait transmettre fidèlement les messages que Dieu lui confiait. Il avait donc le devoir de le faire sans craindre l’isolement, la contradiction, l’humiliation et la mort. Dans cet ordre d’idées, il a connu l’emprisonnement et la torture.
Le deuxième Thème du Livre de Jérémie est la Restauration. L’Éternel lui recommande de transmettre au Peuple de Juda qu’il avait sévèrement sanctionné, son intention de d’annuler de la malédiction sur lui (cf. Jr 31.28) et en même temps le guérir (Jr. 30.12-17) en quelque sorte le Restaurer. Dans la Bible, le mot « Restauration » signifie recevoir davantage que ce qui a été perdu, au point que l’état final surpasse l’état initial. L’essentiel ici c’est qu’une personne ou une chose soit améliorée de façon incommensurable. Contrairement au sens courant du mot « Restauration », qui consiste à ramener quelque chose à son état d'origine, la définition biblique revêt donc une signification plus profonde, dépassant largement l'usage quotidien qui n’a rien de spirituel.
En fin de compte, selon Christopher Wright [11] : « Jérémie est le Livre de la victoire de l’amour et de la grâce de Dieu. L’œuvre divine de rédemption et de reconstruction. Il trouve son accomplissement dans le Nouveau Testament, par la vie, la mort et la résurrection de Jésus le Messie. On y découvre le portrait d’un Dieu qui viendra demeurer avec son Peuple pour toujours dans la nouvelle création ». Le livre de Jérémie a donc été écrit pour aider le Royaume de Juda à traverser une période très difficile et déterminante de son histoire. Même si leur Nation était engluée dans le péché, Jérémie a montré au Peuple et aux Rois de Juda que l’Éternel avait un dessein rédempteur pour eux.
5-2 : Les Lamentations de Jérémie.
Le Livre des « Lamentations », en hébreu : kinot ou Poèmes tristes ou encore élégies hébraïques et en grec : Chants funèbres (cf. 2Samuel 1.17-27), se composent de cinq Poèmes (chapitres) qui nous montre la plainte douloureuse d’un cœur brisé, celui de Jérémie, sur Juda et Jérusalem, au cours de leur invasion et destruction par les Babyloniens en 586 avant notre ère : « Le Seigneur a été comme un ennemi ; il a dévoré Israël, il a dévoré tous ses palais, il a détruit ses forteresses ; il a rempli la fille de Juda de plaintes et de gémissements » (Lamentations 2.5). Ce Livre nous montre aussi les souffrances du Peuple de Juda et celles de Jérémie lui-même pendant et après l’invasion et la destruction du Royaume du Sud et de sa capitale dont il fut un témoin impuissant (cf. Lamentations 4.10). Pour rappel, le « Prophète qui pleure » avait annoncé contre sa Nation et son Peuple, des sévères menaces mais il fut le premier à en souffrir. Il faut dire que pendant son Ministère prophétique, avec la sensibilité qu’on lui connaissait, le natif du village d’Anathoth, voulait à tout pris, malheureusement en vain, arrêter le glissement du Royaume de Juda et de son Peuple, vers le Jugement de Dieu.
Comme on peut le constater les « Lamentations » fondées sur la douleur, s’ouvrent sur les confessions de péchés et des prières du Prophète Jérémie implorant la miséricorde de Dieu, le Père Tout-Puissant. Les quatre premiers Poèmes du Livre des « Lamentations » sont des acrostiches [12] . Ils décrivent la grande douleur causée par le siège, la prise et la destruction de Jérusalem par Nabuchodonosor II, Roi de Babylone. Le dernier Poème des Lamentations de Jérémie indique clairement que le fait de s'adonner au péché, constitue un risque assuré de voir la situation d’une personne ou d’un Peuple basculer vers le Jugement sévère de Dieu. Ce fut inévitablement le cas pour le Royaume de Juda et de son Peuple dont l’avenir ne dépendait que de Dieu. Car lui seul a le pouvoir de ramener son Peuple à lui (cf. Lamentations 5.21). Sans son intervention divine, le Peuple de Juda ne pouvait avoir aucun espoir.
Au plan pédagogique la structure formelle des « Lamentations » servait de moyen mnémotechnique et visait à montrer d’avantage la plénitude de la douleur et du deuil après les catastrophes de Jérusalem. La force émotionnelle que dégagent ces Poèmes est en harmonie avec la souffrance de l’Auteur. Outre leur place dans la liturgie juive commémorant l’anniversaire de la destruction de Jérusalem, selon les exégètes « ces Lamentations » sont employées par l’Église chrétienne pour exprimer sa douleur face à la Passion et à la mort de Jésus-Christ »
7. Conclusion.
Que retenir de ce récit biblique qui raconte le Vie du Prophète Jérémie, sa souffrance et ses relations difficiles avec ses compatriotes et les Rois de Juda, notamment Sédécias, le dernier sur la liste. Eh bien, l’Homme de Dieu, annonça, sans ambages, que Dieu jugerait les péchés d'Israël par l'exil à Babylone pendant Soixante Dix ans. Jérémie vécut alors l'horreur à cause de ses prédictions. Son histoire avec le Roi Sédécias de Juda, nous offre, une image saisissante et importante de la façon dont la désobéissance à Dieu, le Père Tout-Puissant, mène de façon irréversible à la déchéance puis à la destruction totale de soi-même ou de ce qu’on a construit dans sa vie. L’exemple le plus frappant dans la Bible, est la destruction de Sodome et Gomorrhe, deux villes voisines au Sud de la Mer Morte (actuelle Jordanie). En effet, selon les Saintes Écritures, ces deux villes étaient considérées comme des lieux où régnaient débauche et dépravation, synonymes d’une désobéissance à Dieu qui ne portait pas particulièrement, dans son cœur, la ville de Sodome car « Les habitants de cette ville offensaient gravement le Seigneur par leur mauvaise conduite. » Genèse (13.12-13). Dieu envoya deux anges constater les faits, qui lui rapportèrent ce qu’ils avaient vus : « Et l’Éternel dit : le cri contre Sodome et Gomorrhe s’est accru et leurs péchés sont énormes » Genèse (18. 20). En conséquence de quoi, l’Éternel des Armées, fit tomber sur ces deux villes, une pluie de soufre et de feu. Il avait annoncé à Abraham qu’il allait détruire ces deux villes, à cause justement de leurs perversion, injustice et Violence.
Jérémie qui avait prédis, lui, la chute de Jérusalem, a connut cinq Rois et un Gouverneur qui ignorèrent ses oracles comme les Peuples et les Dirigeants de Sodome et Gomorrhe. Durant ses plus de quarante ans de Ministère, il fut témoin de quatre invasions de Juda, subit le long siège de Jérusalem (587-586 av. J-C), où il fut emprisonné. Vers la fin de sa carrière sacerdotale, Jérémie dut lutter contre le désespoir de son Peuple et lui redonner foi en l’avenir. Il exprima vivement sa confiance au devenir radieux de son pays par un acte qu’il entreprit alors que les Babyloniens assiégeaient Jérusalem et qu’il était encore malheureusement en prison. Il acheta néanmoins à un cousin, un champ à Anathoth, son village natal, près de Jérusalem. Devant témoins, il pesa l’argent, signa le contrat d’achat et déclara : « Ainsi parle l’Éternel des Armées, le Dieu d’Israël : On achètera de nouveau des maisons, des champs et des vignes dans ce pays » (Jr. 32.15). Par cet acte symbolique, et par d’autres moyens concrets dans son entourage, le Prophète Jérémie qui mourut très vieux en exil volontaire en Égypte, exprima son espoir pour un avenir radieux du Territoire d’Israël, son propre pays.
[1] Les Grands Prophètes désignent, parmi les Prophètes de l’Ancien Testament chrétien, Ésaïe, Jérémie, Ézéchiel et Daniel ; par extension, cette expression se réfère également à leurs écrits. Ils sont appelés ainsi par opposition aux Petits Prophètes, non par une autorité supérieure mais en raison de la plus grande longueur des textes qu'on leur attribue.
[2] La Tribu de Benjamin, située au nord de la Tribu de Juda au sud du futur Royaume d'Israël, est importante dans les récits bibliques en tant que source de divers dirigeants israélites, y compris le premier Roi israélite, Saül, ainsi que des chefs tribaux antérieurs de la période des Juges. Ces douze Tribus font référence aux fils du patriarche juif Jacob et sont importantes pour les lignées tribales de ceux qui ont formé la nation d'Israël. Le Royaume est des Tribus de Benjamin et de Juda.
[3] Le royaume de Juda est l'un des deux royaumes que les Hébreux formèrent à la mort du roi légendaire, Salomon vers 931 av. J. -C après l'éclatement du royaume unifié d'Israël. Son premier roi avait été David, né à Bethléem. Il avait pris la ville de Jérusalem pour en faire sa capitale. Son fils Salomon y avait érigé un temple.
[4] Matthew Henry (1662-1714) était un pasteur et auteur britannique non-conformiste et presbytérien. Né au Pays de Galles, il a passé une grande partie de sa vie en Angleterre. Il est surtout connu pour son commentaire biblique en six volumes, Exposition de l'Ancien et du Nouveau Testament.
[5] La première déportation a lieu en 597av. J-C. La seconde attaque a lieu en 586 av. J-C pendant le règne de Sédécias, roi de Juda. La ville de Jérusalem est totalement rasée et ses habitants sont déportés. En 581 av. J-C se déroule une dernière déportation des Israélites. Au total, près de 20 000 personnes ont été déportées en Babylonie. Cependant, les habitants des campagnes semblent peu touchés et restent sur place.
[6] Ananias, Azarias et Misaël sont les personnages centraux du troisième chapitre du Livre de Daniel, également mentionnés dans la première partie du Livre. L'histoire biblique de trois jeunes Juifs, dont les noms hébreux étaient Hanania, Mischaël et Azaria, et de leur ami Daniel commence par la captivité des quatre compagnons. Ils furent emmenés de chez eux à Jérusalem en 605 avant notre ère, à l'issue d'un siège dressé par le Roi Nebucadnetsar de Babylone.
[7] Habacuc ou Habaquq, (en hébreu, qui signifie Étreinte) est le huitième des douze petits Prophètes de la Bible. Il est l'auteur d'un des Livres du Tanakh ou Ancien Testament. Sophonie est le neuvième des douze petits Prophètes de la Bible ; il vécut pendant le règne de Josias, Roi de Juda, et fut un contemporain du prophète Jérémie au VII siècle av. J-C. Il est l'auteur du Livre de Sophonie, qui fait partie de l’Ancien Testament de Bible.
[8] Le Livre de Baruch est un Livre deutérocanonique de la Bible, utilisé dans de nombreuses traditions chrétiennes, notamment les Églises catholique et orthodoxe. Livre deutérocanonique de la Bible : on appelle ainsi dans la Bible plusieurs livres dont l'appartenance au canon des Écritures (Ensemble des livres saints écrits sous l'inspiration de l'Esprit Saint et reconnus par l'Eglise) a fait l'objet de discussions au cours des âges : Judith, Tobie, I et II Maccabées, Sagesse de Salomon, Siracide (ou Ecclésiastique), Baruch et la Lettre de Jérémie et les additions grecques aux livres d'Esther et de Daniel. Dans le judaïsme et le protestantisme, il est considéré comme non canon, les Bibles protestantes le classant parmi les apocryphes bibliques (du grec « caché ») est un écrit dont l'authenticité n'est pas établie .
[9] Au VIe siècle avant Jésus-Christ, Nabuchodonosor, empereur de Babylonie qui a pour capitale Babylone, assiège Jérusalem. La ville sainte est pillée, détruite et la population est déportée à Babylone. Cet événement est fondamental pour comprendre nombres de textes bibliques qui évoquent l’exil du peuple juif. Les 70 ans qu'ils passèrent à l'étranger marquèrent à jamais la mémoire d'Israël.
[10] L a bataille de Karkemish se solda par une lourde défaite pour les forces égyptiennes et assyriennes. Cette défaite mit fin à l'influence égyptienne au Proche-Orient ancien et permit à Babylone d'étendre son territoire jusqu'aux frontières de l'Égypte. Karkemish (appelée Europus par les Romains) est une ville antique située à la frontière de la Turquie et de la Syrie actuelles.
[11] Christopher John Hugh Wright (né en 1947) est missiologue, Pasteur anglican et spécialiste de l'Ancien Testament. Il est actuellement Directeur des Ministères internationaux de Langham Partnership International. Il a été Directeur de l'All Nations Christian College. Il est membre honoraire de l'église All Souls, située à Langham Place à Londres, au Royaume-Uni. Il est l’auteur de plusieurs livres traduits en français comme Le Salut (Farel), L’Éthique et l’Ancien Testament , La Mission de Dieu et Dieu, je ne comprends pas (Excelsis).
[12] Un acrostiche, du grec akrostikhos (akros, haut, élevé et stikhos, le vers), est un Poème, une strophe ou une série de strophes fondés sur une forme poétique consistant en ce que, lues verticalement de haut en bas, la première lettre ou, parfois, les premiers mots d'une suite de vers composent un mot ou une expression. Dans les Poèmes des « Lamentations », chaque vers commence successivement par l'une des 22 lettres de l'alphabet hébreu .
8 : Références bibliographiques.
1 : Christopher J. H. Wright, « Le Message de Jérémie », ISBN: 9782853310697. Édition Grâce et Vérité ; 31/05/2017 ; 536 p
2 : TopChrétien.com
https://topbible.topchretien.com/jeremie.17.1/BAN/ (consulté le 7 Octobre 2025)
3 : Revue : Église Catholique en France, édité par la Conférence des Évêques de France
https://eglise.catholique.fr/glossaire/prophete/ (consultée le 25 Octobre 2025).
4 : Matthew, H. Patton, « Espoir d'un jeune rameau : Jéhoïachin dans la théologie biblique », ISBN : 9781575064772 (ISBN10 : 1575064774). Publié le 6 février 217, 272 pages
5 : Neher, A., « Jérémie (Judaïsme-Israël) » ; Paris 1968
6 : Chemin de Vie (commentaire de Jr 1. 1-3,
https://www.cheminsdevie.info/emission/jeremie-1-1-3/ (Consulté le 17 Octobre 2025)
7 : Barthelemy, D. (édition), « critique textuelle de l’Ancien Testament 2 » . Isaïe, Jérémie, Lamentations- Göttingen 19686.
8 : Le Dictionnaire le Littré,
https://www.littre.org/definition/proph%C3%A8te (consulté 10 Octobre).
9 : Beauchamp, P. « Jérémie et Moïse », Édition : Croire aujourd’hui 46 (Mars 1998), pp 30-31
10 : Véronique, Klauber « Les Lamentations, genre littéraire », https://www.universalis.fr/encyclopedie/lamentation-genre-litteraire/ Encyclopédie Universalis (consulté 18 Octobre 2025)
11 : Bogaert, P.-M., « De Baruch à Jérémie, les deux rédactions conservées du Livre de Jérémie. Le Prophète et son milieu, les oracles et leurs transmissions » (édition P.-M. Bogaert), Leuven 1981, pp 168-173.
12 : L’Empire néo-assyrien,
https://fr.wikipedia.org/wiki/Empire_n%C3%A9o-assyrien (consulté le 17 Octobre 2025)
Ben ZAHOUI DÉGBOU, Masterant en Théologie, BIBLEDOC, Institut de Théologie, P.O. BOX 118 STAFFORD, VA – USA - bibledoc.com
Source : Ma 1ère Dissertation Cycle 2
Master 9 Novembre 2025
Mise en page et illustration :
ADJI Dagbo (glouziletnews.com).
Agence Gouzilet
Paris le 24 Mars 2026
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