Traditions et Cultures
Côte d’Ivoire - Le Djidji Ayokwé : le tambour parleur du Peuple ébrié qui est revenu au pays. Par Dr Ben ZAHOUI-ÉGBOU
Source : -- (Agence GLOUZILET) Date : 23-03-2026 -- N°: 201 -- Lu : 622 fois -- envoyer à un ami
Le célèbre tambour parleur est revenu en Côte d’Ivoire le 13 mars 2026, après 110 ans passé en France, ancienne puissance coloniale. Dans les sociétés traditionnelles en Afrique, hier comme aujourd’hui encore, certains objets occupent une place bien plus importante que leur simple fonction matérielle. Le Djidji Ayokwé, célèbre tambour parleur du Peuple Atchan ou Ébrié en Côte d’Ivoire, fait partie de ces symboles qui relient, depuis des siècles, les générations entre elles.
Le Djidji Ayokwé, le tambour parleur du Peuple ébrié de Côte d'Ivoire.

Depuis belle lurette, ce célèbre tambour a servi de moyen de communication, d’instrument politique et de symbole de commandement aux autorités traditionnelles. Son histoire traverse largement la période précoloniale, la colonisation française et les débats contemporains sur la restitution du patrimoine culturel africain. Il faut bien préciser que bien avant l’arrivée des Européens notamment des Français en Cote d’Ivoire, les populations vivant autour de la lagune Ébrié, avaient développé des systèmes de communication efficaces entre les communautés villageoises. Celles-ci étaient parfois très éloignés les unes des autres et séparées par la forêt ou la lagune. Dans cette situation, les tambours parleurs jouaient justement un rôle primordial dans la transmission des messages. En effet, le Djidji Ayokwé, essentiel canal de communication, était un tambour de grande taille, sculpté dans un tronc d’arbre massif. Sa particularité était sa capacité à reproduire les tonalités de la langue Ébrié.
Grâce à un jeu précis de frappes et de rythmes, les batteurs initiés qui maitrisaient le langage tambouriné, pouvaient transmettre des phrases complètes compréhensibles par la population. Dans ce sens, lorsque le tambour résonnait, les habitants s’attendaient à un message bien codé et important concernant par exemple : une réunion du village, une cérémonie traditionnelle, un avertissement par rapport à un danger ou une mobilisation collective. Le tambour était donc un élément central de la Gouvernance traditionnelle. Il servait à organiser la vie sociale et à maintenir la cohésion au sein des communautés lagunaires.
La confiscation par les Français du Djidji Ayokwé pendant la colonisation.
Au début du XXe siècle, l’Administration coloniale française commence à s’installer solidement dans la région d’Abidjan. Les autorités coloniales voient d’un mauvais œil ces systèmes de communication indépendants qui permettent aux populations locales de se mobiliser rapidement. Craignant donc que le tambour puisse servir à organiser des résistances, les autorités coloniales décident alors de confisquer le Djidji Ayokwé. En un mot, le canal de communication du Peuple Atchan a été confisqué par les autorités coloniales françaises pour des raisons à la fois politiques, militaires et symboliques.
Au- delà des ces raisons, il faut dire que les colons avaient naturellement pour objectif d’affaiblir les structures traditionnelles locales, dans l’optique de contrôler les systèmes de chefferies et imposer les modèles coloniaux. Confisquer le Didji Ayokwé, signifiant tout simplement, affaiblir durablement l’autonomie culturelle et politique des Ébrié. Le tambour est alors envoyé en France et intégré dans des collections ethnographiques. Pendant plus d’un siècle, le Djidji Ayokwé sera conservé dans les collections du musée du quai Branly à Paris.
La restitution du Djidji Ayokwé a été demandée à la France en 2019.
Le Président de la République française, Emmanuel Macron, a confirmé que le tambour avait vocation à être restitué, à l’occasion du sommet Afrique-France qui s’est tenu le 8 octobre 2021 à Montpellier. Le 18 novembre 2024, Emmanuel Kasarhérou, Président du musée du quai Branly - Jacques Chirac, a signé, aux côtés de Rachida Dati, Ministre de la Culture de la République française, et de Françoise Remarck, Ministre de la Culture et de la Francophonie de la République de Côte d’Ivoire, une convention de dépôt permettant le retour temporaire du tambour parleur. Une loi, adoptée par le Parlement français le 16 juillet 2025, permet la restitution à la Côte d'Ivoire du Tambour.
Le 20 février 2026 a eu lieu, en présence de Rachida Dati, Ministre de la Culture de la République française, de Françoise Remarck, Ministre de la Culture et de la Francophonie de la République de Côte d’Ivoire, et d’Éléonore Caroit, Ministre déléguée auprès du Ministre de l’Europe et des Affaires Étrangères, chargée de la Francophonie, des Partenariats internationaux et des Français de l’étranger, la cérémonie officielle de restitution du tambour parleur dit Djidji Ayokwè qui est désormais propriété de la République de Côte d’Ivoire.
C’est à partir des années 2000, il faut le rappeler que la question du retour des œuvres africaines conservées en Europe devient un sujet majeur. De nombreux Chercheurs et Responsables politiques estiment que ces objets doivent retourner dans leurs pays d’origine. Le Djidji Ayokwé devient alors un symbole de ce débat. Pour les Ivoiriens, notamment les Ébrié, il ne s’agit pas seulement d’un instrument ancien, mais d’un élément essentiel de leur patrimoine culturel. Après plusieurs années de discussions diplomatiques entre la France et la Côte d’Ivoire, la restitution du tambour est finalement acceptée. Le retour du Djidji Ayokwé marque un moment symbolique fort. Il représente à la fois une reconnaissance de l’histoire coloniale et une volonté de réparer certaines injustices culturelles. Aujourd’hui, ce tambour est considéré comme un patrimoine national qui doit être transmis aux générations futures.
Aujourd’hui, le Djidji Ayokwé représente bien plus qu’un vestige du passé. Il incarne la richesse des traditions africaines et rappelle que les sociétés précoloniales possédaient leurs propres systèmes complexes de communication et d’organisation. Il rappelle également une période douloureuse de l’histoire de l’Afrique : celle où de nombreux objets culturels africains ont été volés par les colons et envoyés en l’Europe. Mais surtout, le retour du Djidji Ayokwé, marque une nouvelle étape : celle de la reconquête de la mémoire et du patrimoine culturel africain. Ce tambour parleur, autrefois utilisé pour appeler les villages à se rassembler, continue aujourd’hui de porter un message contemporain. Non plus à travers ses sons codifiés, mais à travers son histoire qu’il incarne et raconte : celle d’un Peuple, de sa résistance et de sa volonté de préserver son identité culturelle.
Dr Ben ZAHOUI-ÉGBOU
Source : MCF-Côte d’Ivoire &
Musée du quai Branly à Paris.
Mise en page et illustration :
ADJI Dagbo (glouziletnews.com).
Agence Gouzilet
Paris le 23 Mars 2026
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