Politique.
Côte d'Ivoire : Ouattara – Gbagbo : une rivalité fondatrice de la politique ivoirienne. Par Alex KIPRÉ.
Source : Glouzilet News Edition -- (Agence GLOUZILET) Date : 22-02-2026 20:53:03 -- N°: 180 -- Lu : 233 fois -- envoyer à un ami
Le Président Alassane Ouattara et son prédécesseur Laurent Gbagbo, le mardi 27 juillet 2021 au Palais présidentiel à Abidjan.

De la marche du 18 février 1992 à l’incarcération à la MACA, des affrontements idéologiques à l’épisode du Front républicain, la relation entre Laurent Gbagbo et Alassane Ouattara structure depuis plus de trois décennies la vie politique ivoirienne.
Deux trajectoires, deux visions du pouvoir, une rivalité devenue matrice des fractures nationales — mais aussi, paradoxalement, un moment d’alliance stratégique contre le parti-État. L’histoire du 18 février 1992 éclaire la profondeur de ce face-à-face et interroge la permanence d’une confrontation où se mêlent légalité, légitimité et mémoire politique.
Le 18 février 1992 : acte fondateur d’une opposition radicale.
Le 18 février 1992 marque un tournant. Le Front populaire ivoirien (FPI), dirigé par Laurent Gbagbo, organise une marche de protestation pour exiger davantage de démocratie et protester contre l’intervention des forces de l’ordre à la cité universitaire de Yopougon. À cette époque, la Côte d’Ivoire est engagée dans un processus d’ouverture politique sous la pression interne et internationale. Le monopartisme hérité de l’ère Félix Houphouët-Boigny s’effrite, mais les pratiques autoritaires persistent.
L’arrestation de Gbagbo et de son épouse, puis leur incarcération à la MACA, ne sont pas seulement un épisode judiciaire. Elles constituent un moment symbolique fort : l’État affirme son autorité face à une opposition qui revendique la rue comme espace d’expression démocratique. Le Premier ministre de l’époque, Alassane Ouattara, adopte un ton de fermeté : application stricte des lois, condamnation des violences, soutien explicite aux forces de l’ordre. Cette posture préfigure un style politique qui marquera durablement son action : primauté de l’ordre institutionnel et de la stabilité sur la contestation populaire.
Pour Gbagbo, cette arrestation forge une légitimité de combattant. Il devient, dans l’imaginaire militant, l’homme qui défie le pouvoir au nom du pluralisme et de la souveraineté populaire. Deux visions de l’État : technocratie libérale contre souverainisme militant . La rivalité entre Ouattara et Gbagbo dépasse les antagonismes personnels. Elle oppose deux conceptions du pouvoir : Ouattara, économiste formé aux institutions financières internationales, incarne une approche technocratique et libérale, axée sur la stabilité macroéconomique et l’intégration aux circuits mondiaux.
Gbagbo, historien et militant socialiste, s’inscrit dans une tradition nationaliste et souverainiste, valorisant la mobilisation populaire et la primauté de la légitimité politique sur les impératifs économiques. Là où Ouattara parle de crédibilité internationale et de respect des règles, Gbagbo parle de dignité nationale et de résistance. Là où l’un invoque l’État de droit, l’autre invoque la souveraineté populaire. Ce clivage structure la polarisation du champ politique ivoirien depuis les années 1990.
Le paradoxe du Front républicain : l’alliance stratégique.
Pourtant, l’histoire n’est pas linéaire. Dans les années 1990, face au parti unique dominant, Gbagbo et Ouattara se retrouvent unis au sein du Front républicain contre le PDCI. Cette alliance révèle une constante de la politique ivoirienne : les rivalités personnelles peuvent céder face à des calculs stratégiques. Mais cette union était circonstancielle. Elle reposait davantage sur une opposition commune que sur une convergence idéologique profonde. Lorsque la question de l’« ivoirité » surgit et que la compétition présidentielle s’intensifie, les divergences refont surface avec une violence accrue.
De l’affrontement politique à la crise nationale.
La crise postélectorale de 2010-2011 cristallise cette rivalité. Chacun revendique la légitimité présidentielle. Le conflit débouche sur une guerre qui fracture durablement le pays. L’arrestation de Gbagbo en 2011 — après avoir déjà connu la prison en 1992 — apparaît comme une répétition tragique de l’histoire : le même adversaire institutionnel, devenu chef de l’État, se retrouve au cœur du processus qui conduit à son incarcération.
Si la première arrestation était celle d’un opposant face à un pouvoir contesté, la seconde s’inscrit dans une lutte pour la légitimité suprême de l’État. La différence est de taille, mais le symbole est puissant : deux hommes liés par une histoire commune, séparés par une conception irréconciliable du pouvoir.
Fermeté ou verrouillage démocratique ?
La posture de fermeté revendiquée par Ouattara peut être lue de deux manières :
comme une volonté de restaurer l’autorité de l’État après des années d’instabilité ;
ou comme un exercice du pouvoir peu ouvert à la contradiction radicale. En face, le retrait politique temporaire de Gbagbo et l’affaiblissement du FPI interrogent l’avenir de l’opposition ivoirienne. La figure du « brave » résistant s’est transformée en symbole d’une époque. Mais la politique ivoirienne ne se résume plus à ce duel.
Une rivalité devenue mémoire nationale.
Le souvenir du 18 février 1992 demeure un marqueur générationnel. Il rappelle que la démocratie ivoirienne s’est construite dans la confrontation, parfois brutale, entre pouvoir et opposition. Plus qu’un simple face-à-face, la relation Ouattara–Gbagbo est devenue une matrice narrative : celle de la légalité contre la légitimité ; de l’ordre contre la mobilisation ; de la continuité institutionnelle contre la rupture politique. Aujourd’hui, la question centrale n’est plus seulement celle de ces deux hommes, mais celle de l’héritage qu’ils laissent : une démocratie structurée par la rivalité personnalisée, ou un système capable de dépasser cette dualité historique ?
Conclusion
Le 18 février 1992 n’était pas qu’une marche réprimée. C’était le premier acte d’un duel politique qui façonnera trois décennies d’histoire ivoirienne. Entre affrontements répétés et alliance éphémère, entre prison et pouvoir, Laurent Gbagbo et Alassane Ouattara ont incarné deux visages d’une même quête : la maîtrise de l’État ivoirien. Reste à savoir si l’avenir politique du pays saura s’écrire au-delà de cette rivalité fondatrice, ou s’il continuera d’en porter l’empreinte.
Alex KIPRÉ
Source : Opra news,
Mise en page et illustration :
Laurent MIÉZAN
(glouziletnews.com).
Agence Gouzilet
Paris le 22 Février 2026
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